source :Les luthiers du XVIIIe siècle, Sylvette Milliot ,violoncelliste et musicologue
Nicolas Bertrand (?- 1725)
Son atelier se situait en plein coeur du vieux Paris, paroisse Saint
Eustache, à l'angle de la rue de Grenelle Saint Honoré
(aujourd'hui rue J-J Rousseau) et de la rue du Pélican ( 1er
arrondissement).
Il porte le titre honorifique de "faiseur d'instruments ordinaires de la muzique du Roy".
Il mène une vie relativement austère.
L'atelier est de taille modeste.
quelques apprentis s'y affaires parmi établis et armoires
où sont rangés les instruments, outils et petites
fournitures (cordes, chevilles, chevalets...)
Son garçon de boutique Antoine Véron couche sur une
paillasse dans la salle à manger et arrière boutique.
La famille Bertrand habite au 1er étage (2 chambres).
Nicolas Bertrand possède aussi une modeste maison de campagne au
"faubourg des porcherons" au delà de la porte Montmartre. Il y
cultive son potager.
Il marie sa fille unique à Maître Jean-Bernard Blanchot,
avocat au parlement et secrétaire de Monseigneur
François-Michel de Verthamon, premier président du grand
conseil, Commandeur des ordres du Roy.
Comme de nos jour, le Maître luthier vends des violes anciennes
et modernes, françaises et Anglaises, et les siennes.
Il en sculpte lui-même les têtes. Il fabrique aussi des
violes sobres à volute sans ornements, dites "violes à
rouleaux".
Les qualités des ses violes surpassent le travail de ses
confrères. Ses plus belles basses atteignent 30 livres et plus,
ses violes à rouleau 20 livres.
Il fabrique aussi des violons, mais ils sont moins remarqués. Il vend ceux d'autres confrères.
A sa mort en Novembre 1725, il ne laisse ni parents ni héritiers pour lui succéder.
Sa fille cède l'atelier à un jeune confrère, Claude Boivin.
Le dernier article figurant sur l'acte de décès laisse
rêveur :
"plus et pour le verny fait et drogues pour le faire, et
pour le secret pour le pouvoir faire ainsi que pour les autres vernys et
secrets dudit feu Sieur Bertrand, soixante livres."
Ses deux successeurs Antoine Vairon et Claude Boivin emporterons ce secret dans la tombe.